Jérusalem : destructions de maisons, expulsions de familles et crimes contre l’humanité


Communiqué de l’AFPS : 

 

Ce 22 juillet, Israël a commencé la destruction de 70 appartements concernant 350 personnes dans un quartier palestinien de Jérusalem. Pour ces familles, expulsées de leur propre maison, c’est le projet de toute une vie qui se trouve ainsi anéanti.

 

Isolé du reste de la Cisjordanie par le mur qui encercle Jérusalem, mur illégal selon la Cour internationale de Justice, le quartier palestinien de Wadi al Hummus à Sur Bahir se trouve au cœur de la violation du droit international par Israël. Situé en zone A selon les accords d’Oslo, il dépend de l’Autorité palestinienne, notamment pour la délivrance des permis de construire. Mais les planificateurs israéliens ont placé ce bout de terre de Cisjordanie de l’autre côté du mur afin de pouvoir l’annexer aussi le « moment venu ».

 

Puis les autorités d’occupation ont décrété une zone tampon de 100 à 300 mètres autour du mur, interdisant aux Palestiniens d’y construire malgré les permis délivrés par l’Autorité palestinienne en charge de cette zone, en invoquant « des raisons de sécurité ». C’est là que se trouvent les immeubles démolis au petit matin du 22 juillet par les forces de sécurité israéliennes.

 

Selon les rapports de l’agence de l’ONU OCHA, les autorités israéliennes ont, depuis 2009, démoli ou fait démolir 69 bâtiments à Sur Bahir ; 46 étaient habités ou en cours de construction ; 400 personnes ont été ainsi affectés ou déplacés de force dont la moitié de femmes et d’enfants. Les habitants craignent maintenant la destruction de 100 autres immeubles construits de la même manière dans cette zone.

 

Le Consul général de France et certains de ses homologues européens se sont rendus sur place pour manifester leur opposition à cette nouvelle manifestation de la politique délibérée et planifiée, menée par Israël, d’expulsion des Palestiniens de la ville de Jérusalem, une politique de nettoyage ethnique. Ce transfert forcé de la population palestinienne est un crime contre l’humanité selon le droit international.

 

Et pendant ce temps, Anne Hidalgo accueillait le maire de Jérusalem, planificateur en chef de toutes ces exactions, pour l’inauguration d’une place de Jérusalem destinée selon elle à « marquer l’amitié entre la ville de Paris et Israël ». Et 35 parlementaires français dont la porte-parole du parti présidentiel Aurore Bergé, parcouraient des « sites archéologiques » à Jérusalem-Est, dont un tunnel qui sert de prétexte à l’expulsion des Palestiniens du quartier de Silwan.

 

Des élu.e.s de la République se sont rendus complices de violations du droit allant jusqu’aux crimes contre l’humanité sans qu’aucune voix officielle ne se fasse entendre pour les condamner.

 

Alors qu’Israël accélère sa politique de démolition de maisons et d’expulsion des Palestiniens de Jérusalem Est, le silence du Président de la République et du Quai d’Orsay sur le comportement de ces élus n’est plus acceptable.

 

Par un communiqué du 22 juillet, la France vient de condamner ces nouvelles destructions d’habitations palestiniennes, cette fois en zone A. Le porte-parole de Federica Mogherini et de hauts responsables de l’ONU se sont aussi exprimés. Mais au-delà de ces indispensables prises de position, il est temps de dire STOP à la loi du plus fort et du fait accompli ! Et d’appliquer des sanctions contre l’État d’Israël tant que cet État mène cette politique criminelle, extrêmement lourde de conséquences pour le quotidien des Palestiniens comme pour l’avenir.

 

Nous demandons que la France soit à la pointe d’une initiative pour les droits et la protection du peuple palestinien, et que le président Macron s’engage personnellement dans ce sens.

 

Le bureau national 

23 juillet 2019 


 

Israël a entamé ce lundi 22 juillet la destruction controversée d'une dizaine de bâtiments situés à Sour Baher, près de Jérusalem, qui se trouvaient trop près de la barrière de séparation, selon les autorités israéliennes. Pour les habitants, ils se trouvent dans une zone sous contrôle de l'Autorité palestinienne. La France a condamné des démolitions « illégales (…) contraires au droit international ». 

 

A lire ou écouter, le reportage de RFI publié le 22-07-2019 sous le titre :

"Destruction controversée d'habitations palestiniennes

par Israël"

 http://www.rfi.fr/moyen-orient/20190722-israel-destruction-controversees-habitations-palestiniennes-sour-baher

 

Khaled Abou Mahamid regarde sur le toit d'un immeuble voisin l'armée israélienne détruire sa maison. Les lunettes de soleil de cet avocat palestinien cachent difficilement ses larmes. « Je suis très triste, très triste. Pour ma femme et mes enfants. Et puis ce sont 15 années de travail qui sont détruites. », rapporte notre correspondant à Jérusalem, Guilhem Delteil.

 

Khaled Abou Mahamid vit en Cisjordanie, mais au pied de la barrière de séparation. Il avait obtenu l'autorisation des autorités locales pour construire cette maison de quatre étages pour héberger toute sa famille : 11 personnes y vivaient depuis un an.

 

À quelques mètres, mais de l'autre côté de la barrière, les bulldozers détruisent deux autres bâtiments. Eux aussi avaient reçu des permis de construire de l'Autorité palestinienne, assure Khaled el-Khatib, le maire de Dar as-Salah, la commune palestinienne. « On a donné des permis à ce bâtiment-là et à celui-là aussi. Cette zone ne fait pas partie de la municipalité de Jérusalem. Elle nous appartient. Elle appartient à l'Autorité palestinienne. La plupart des gens ont obtenu un permis de construire de notre part, de l'Autorité palestinienne. »

 

Contacté par RFI, le gouvernement israélien ne reconnaît pas la validité des permis de construire accordés par l'Autorité palestinienne. Alors que les cartes de l'ONU placent ces bâtiments en territoire palestinien, il affirme que la plupart de ces habitations sont dans une zone israélienne et invoque des raisons de sécurité, soulignant qu'elles ont été attestées par la plus haute instance judiciaire israélienne.

 

Plusieurs responsables de l’ONU estiment dans un communiqué que « la politique d’Israël de destruction des propriétés palestiniennes n’est pas compatible avec ses obligations selon le droit humanitaire international » et rejettent les arguments sécuritaires invoqués par les autorités. L’Union européenne a également jugé ces démolitions « illégales selon le droit international ».

 

L'OLP demande la réunion d'urgence du Conseil de sécurité sur Sour Baher

Les habitations palestiniennes dont la démolition a commencé ce matin à Sour Baher sont situées en zone dites A et B, c'est-à-dire que toutes les questions civiles, et donc les permis de construire, relèvent uniquement de la juridiction palestinienne. Ces zones ont été définies par les accords d’Oslo, rapporte notre correspondante à Ramallah, Marine Vlahovic.

Il s’agit d'une violation flagrante de la part d’Israël souligne Saeb Erekat. Le secrétaire général de l’Organisation de libération de la Palestine promet donc de les révoquer : « Nous mettons en place des mécanismes pour procéder à l'annulation de tous les accords signés avec Israël, car le gouvernement israélien a renié tous ces engagements pris dans ces accords, dont Oslo, et c’est situation n’est pas durable ».

 

Les Palestiniens ont déjà brandi cette menace à plusieurs reprises. Des annonces restées sans suite, car l’enterrement définitif des accords d’Oslo signifie tout simplement le démantèlement de l’Autorité Palestinienne.

L’Organisation de libération de la Palestine en appelle également à la communauté internationale. Elle enjoint au Conseil de sécurité de l’ONU de se réunir en urgence sur le cas de Sour Baher et affirme avoir transmis un dossier à la Cour Pénale Internationale en demandant à cette dernière d’ouvrir immédiatement une enquête sur les officiels israéliens responsables de ces démolitions. 

 

A voir également le reportage de France 24 :

https://www.facebook.com/iciPalestine/videos/352710108755370/UzpfSTEzNDI3NDQ5NTI0MDc0MzM6Mjg1NDIxMTg2MTI2MDcyNw/


ET BIEN SUR, COMME IL FALLAIT S'Y ATTENDRE !

Les États-Unis bloquent la condamnation d’Israël au Conseil de sécurité 

 

Selon des sources diplomatiques, les États-Unis ont bloqué, le 24 juillet, la tentative du Koweït, de l’Indonésie et de l’Afrique du sud de faire condamner Israël par le Conseil de sécurité pour avoir démoli des maisons palestiniennes dans les faubourgs de Jérusalem.Israël a soutenu que les 10 bâtiments détruits le 22 juillet, pour la plupart encore en cours de construction, étaient illégaux et posaient un problème de sécurité aux forces armées qui patrouillent le long de la barrière du mur qui court à travers la Cisjordanie.

 

Les membres de l’ONU qui ont appelé les Israéliens à arrêter les démolitions ont parlé de 17 Palestiniens dépacés. Le Koweït, l’Indonésie et l’Afrique du sud ont fait circuler un projet de résolution de 5 paragraphes aux 15 membres du Conseil de sécurité. Le texte exprime une inquiétude sérieuse et met en garde sur le fait que ces démolitions "sapent les chances de réussite de la solution à deux États tout comme les perspectives d’une paix juste et durable."

 

De telles déclarations doivent être adoptées à l’unanimité mais les États-Unis ont fait savoir qu’ils ne soutiendraient pas un tel texte. Par conséquent, un nouveau projet de texte réduit à 3 paragraphes a été établi mais Washington a réitéré son désaccord.

 

Depuis longtemps, les États-Unis accusent les Nations Unies d’un penchant anti-israélien et protègent leurs alliés des actions du Conseil.Les démolitions de maisons palestiniennes sont un nouvel épisode des discussions interminables sur l’avenir de Jérusalem, qui abrite plus de 500 000 Israéliens et 300 000 Palestiniens. Les Palestiniens veulent un État en Cisjordanie et dans la bande de Gaza avec Jérusalem-Est pour capitale, sur le territoire capturé par Israël en 1967.

 

L’envoyé du président américain Donald Trump pour le Moyen-Orient, Jason Greenblatt, et le conseiller principal de Trump, Jared Kushner, ont passé deux ans à élaborer un plan de paix qui, espèrent-t-ils, offrira un cadre pour la reprise des négociations entre Israéliens et Palestiniens.

 

[Le 23 juillet], Jason Greenblatt a déclaré au Conseil de sécurité qu’un plan de paix ne pouvait pas s’appuyer sur un consensus général, sur un droit international peu concluant et des résolutions « peu claires » du Royaume-Uni ; une intervention qui a provoqué le recul de plusieurs pays. Il a poursuivi en évoquant la "prochaine" publication de la composante politique du plan de paix américain.Les bâtiments démolis étaient proches de ce qu’Israël décrit comme une barrière de sécurité. Le projet de déclaration initiale du Conseil de sécurité décrivait la construction du mur par Israël comme contraire au droit international.

 

Israël justifie cette barrière - d’une longueur estimée de 720 km une fois achevée - comme une protection face aux attaques palestiniennes endémiques. Les Palestiniens, eux, appellent cela un accaparement de terres destiné à annexer des parties de la Cisjordanie, dont les colonies israéliennes.

 

Traduit de l’anglais original (Reuter) par l’AFPS