"Le démantèlement de l’apartheid israélien est le chemin vers la paix" - Une conférence du Professeur RICHARD FALK



Le Professeur Richard Falk a donné dimanche 17 septembre 2017 une conférence organisée par l’AURDIP et l’AFPS dans le cadre de la Fête de l’Humanité.

Richard Falk est professeur émérite de droit international à l’Université de Princeton, et actuellement directeur du projet “Global Climate Change, Human Security, and Democracy,” à l’Université de Califonie (Santa Barbara). Il a écrit un grand nombre d’ouvrages sur le droit international et a été entre 2008 et 2013 rapporteur spécial des Nations unies sur la « situation des droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés depuis 1967 ». Il a également d’autres activités humanitaires, comme la présidence de la Nuclear Age Peace Foundation

 

Pour mémoire, en mars 2017, les professeurs américains Richard Falk et Virginia Tilley ont rédigé un rapport pour une commission de l'ONU (l'Economic Commission for Western Asia). Ce rapport concluait, après analyse des multiples discriminations dont sont victimes les Palestiniens, qu’ "Israël est coupable de politique et de pratiques constitutives du crime d’apartheid". Il appelait les pays membres des Nations unies à soutenir la campagne internationale Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS), qui prône le boycottage de l’entité sioniste. Le document en question avait suscité la rage des ambassadeurs américain et israélien, qui avaient exigé du nouveau secrétaire général de l’Organisation des Nations unies (ONU) qu'il le retire immédiatement. Ce qu'il avait fait provoquant du même coup la démission de Rima Khalaf, présidente de la commission (cf : "La courageuse démission de Rima Khalar"  dans la rubrique "Actualité nationale et internationale" du menu.

La vidéo particulièrement intéressante dure 1h 42,

et mérite vraiment toute votre attention.

 

Résumé : Les preuves confirment la conclusion selon laquelle, en vertu du droit international, Israël est coupable d’apartheid en raison des pratiques et des politiques qu’il poursuit en ce qui concerne le peuple palestinien. Le seul chemin vers la paix pour les deux peuples est qu’Israël démantèle ses structures d’apartheid. Pour une paix durable, il ne suffit pas de mettre fin à l’occupation, il est nécessaire de mettre fin à l’apartheid, non seulement en ce qui concerne la Cisjordanie et Gaza, mais aussi les Palestiniens réfugiés et ceux qui vivent en tant que minorité en Israël et à Jérusalem.

 

La conférence a été présentée et modérée par Dominique Vidal, avec la participation de Pierre Barbancey (l’Humanité), Ivar Ekeland (AURDIP), Bertrand Heilbronn (AFPS), Patrick Le Hyaric (directeur du groupe L’Humanité, député européen) et Annick Suzor-Weiner (AURDIP). La traduction est assurée par Lamia Somai-Lasa.


L'AFPS et l'AURDIP ont pris (la très bonne) initiative de publier en français le rapport co-rédigé par Richard Falk et Virginia Tilley pour la CESAO, un organisme dépendant de l’ONU, dans lequel il apporte les preuves du régime d’apartheid imposé aux Palestiniens par Israël dans les territoire occupés. 

Cette publication a été retiré des publications de l'ONU sur pression d'Israël et des USA... 

Nous en avons quelques exemplaires à disposition au prix de 5€, si cela vous intéresse, il vous suffit de nous le demander par mail sur : afpspaysdemorlaix@yahoo.fr


L’AURDIP (Association des Universitaires pour le Respect du Droit International en Palestine) est une organisation française d’universitaires créée en liaison avec la Campagne Palestinienne pour le Boycott Académique et Culturel d’Israël PACBI et avec l’organisation britannique BRICUP.

Dans la Newsletter de l’AURDIP du 28 septembre 2017

 

Richard Falk à Paris

La visite de Richard Falk a été un grand moment. Juriste éminent, il est (entre autres) coauteur du rapport « Les pratiques israéliennes à l’égard du peuple palestinien et la question de l’apartheid », rédigé à la demande de la commission de l’ONU pour l’Asie Occidentale (CESAO). Il est intervenu Dimanche 17 à la Fête de l’Humanité, où il a répondu aux questions de Dominique Vidal devant plusieurs centaines de personnes, et il a le Lundi 18 à l’EHESS une conférence intitulée « Envisager l’avenir palestinien » devant un amphithéâtre comble. Tous ceux qui l’ont entendu, et encore plus ceux qui l’ont approché, ont été subjugués par la clarté de sa réflexion et son ouverture aux autres, ni l’une ni l’autre d’ailleurs n’étant récentes ni limitées à la question palestinienne : il a milité contre la guerre américaine au Vietnam, et il dirige actuellement le projet « Global Climate Change, Human Security, and Democracy » à l’Université de Californie à Santa Barbara.

Que retenir de cette visite, outre le souvenir que laisse sa personnalité ? Dans sa conférence il a insisté sur le fait que le moment était venu de mettre l’accent, non plus sur l’occupation et la colonisation, mais sur l’apartheid. Je pense qu’il a raison. L’un et l’autre sont des crimes, reconnus comme tels par le droit international, mais on s’est habitué au premier, alors que le second choque encore. Certes, le fait que le crime dure depuis cinquante ans ne diminue pas sa gravité. Bien au contraire chaque jour qui passe devrait être un argument de plus pour le faire cesser, mais chaque fois qu’on soulève la question on se heurte à l’acquiescement poli des gens qui ont déjà eu cette discussion, qui se disent que si cela dure depuis si longtemps cela peut bien durer encore un peu, que d’ailleurs un processus de paix est en cours, et qu’il faut lui laisser sa chance. Un peu comme ces voisins, témoins de violences conjugales à répétition, qui ne font rien parce qu’ils attendent que cela s’arrange tout seul. Par contre, l’apartheid, cela choque ! Comment osez-vous ? La seule démocratie du Proche-Orient ? L’idée est nouvelle, l’anesthésie se dissipe, et les yeux s’ouvrent. La situation est la même, mais elle porte un autre nom, la comparaison avec l’Afrique du Sud s’impose, et il faut tout repenser. C’est comme si toutes les étiquettes que l’on avait mises sur la situation pendant des années s’étaient envolées, et qu’il fallait en trouver de nouvelles.

Ceci est ma propre analyse, mais je vous incite à regarder la vidéo pour avoir celle de Richard Falk. Mieux encore, je vous incite à lire son rapport. Il parle des « moyens inhumains » qui caractérisent l’apartheid du point de vue légal(*), et qu’Israël met en œuvre pour subjuguer le peuple palestinien et réprimer la résistance, l’un d’eux étant la fragmentation en multiples catégories traitées différemment, les habitants de la Cisjordanie, ceux d’Israël, ceux de Jérusalem-Est, ceux de Gaza, les réfugiés de 1948 et de 1967, en Cisjordanie et à Gaza, au Liban, en Jordanie, en Syrie ou ailleurs. La fin de la colonisation ne serait pas la fin de l’apartheid. L’évacuation de Gaza a-t-elle véritablement été une étape vers l’émancipation des Palestiniens ? Pourquoi évoque-t-on si peu le droit à l’autodétermination du peuple palestinien ? Pourquoi accepter un droit au retour pour des Juifs qui n’ont jamais mis les pieds en Israël et le refuser aux Palestiniens qui ont été chassés en 1948 ?

La conclusion que tire Richard Falk est que le BDS est la seule voie possible, la seule qui reste ouverte aux Palestiniens après tant d’années de lutte et tant de déceptions. Il tire de son expérience personnelle, et notamment de la lutte contre la guerre menée par les USA au Vietnam, ou de la lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud, la conviction que la force à elle seule ne prime pas toujours, et qu’une mobilisation citoyenne internationale peut venir au secours du droit. Notons pour terminer que, pour la première fois depuis bien longtemps, une conférence sur la Palestine a pu se tenir en milieu universitaire. Une hirondelle ne fait pas le printemps, mais c’est de bon augure pour l’avenir !

Ivar Ekeland
Vice-président de l’AURDIP

 

(*) L’expression « crime d’apartheid », qui englobe les politiques et pratiques semblables de ségrégation et de discrimination raciales, telles qu’elles sont pratiquées en Afrique australe, désigne les actes inhumains indiqués ci-après, commis en vue d’instituer ou d’entretenir la domination d’un groupe racial d’êtres humains sur n’importe quel autre groupe racial d’êtres humains et d’opprimer systématiquement celui-ci.