2017, Palestine, l’année des anniversaires et de la mobilisation solidaire


Un article de Claude Léostic, Présidente de la Plateforme des ONG françaises pour la Palestine.

 

Cet article paru le 14 février sur le site de la Plateforme introduit une campagne de solidarité qui durera tout au long de cette année 2017 afin de marquer "100 ans de dépossession pour la Palestine".

 


Plus de 60 ans après la décolonisation et alors que les Etats-Unis ont mis fin, sous la présidence Obama, aux sanctions imposé à l’Iran et au blocus infligé à Cuba, une colonisation et un blocus d’une autre époque demeurent, en Palestine occupée par Israël.

 

Cette colonisation dure depuis des décennies et frappe les populations civiles au travers de punitions collectives illégales. Elle a pour but déclaré de s’approprier la terre et les ressources du peuple palestinien, en se débarrassant des Palestiniens eux -mêmes.

 

Le projet sioniste pensé par Herzl, établir une nation juive en Palestine, se concrétise lors du premier congrès sioniste en 1897.

 

La première guerre mondiale amène les puissances d’alors à des alliances contre l’empire ottoman et ce seront les accords Sykes-Picot de 1916 suivis immédiatement par la déclaration Balfour en 1917. La Grande-Bretagne a des visées précises sur cette région stratégique du Moyen-Orient où elle entend bien contrôler les voies vers l’Orient -dont le canal de Suez- et l’accès au pétrole qui prend déjà une grande importance. Elle « donne » alors la Palestine à la direction juive supposée jouer le rôle de supplétif. Jamais consultés, les Palestiniens sont ainsi spoliés, victimes d’une injustice historique majeure.

 

Cet intérêt de Londres pour la Palestine accouche d’un mandat de la Société des Nations aux Britanniques en 1921, tandis qu’en parallèle s’établit une structure juive quasi étatique, dont les milices jouent un rôle répressif majeur à l’encontre de la population autochtone.

 

Dans le même temps et à mesure que s’intensifient la colonisation et sa violence, l’identité palestinienne, d’abord noyée dans la grande identité arabe, se renforce et s’exprime dans de grandes actions populaires comme les grèves de 36-39, violemment réprimées par les troupes britanniques et les milices juives.

 

L’accélérateur du projet colonial sioniste, c’est la deuxième guerre mondiale et la folie génocidaire des nazis qui frappe particulièrement quelque 6 millions de juifs.

Pour que l’horreur ne se reproduise pas, les nations du monde créent les Nations unies à l’issue de la guerre en 1945. L’une de ses premières résolutions, la 194, consacrera la dépossession des Palestiniens : en 1947 l’ONU recommande la création d’un Etat juif sur la terre de Palestine, avec internationalisation de Jérusalem.

 

Les dirigeants sionistes s’attaquent alors à la population civile autochtone par la terreur paramilitaire tout en combattant les Britanniques. En mai 48 ils déclarent unilatéralement la création de l’Etat d’Israël, ce qui entraîne une guerre avec les Arabes voisins, et intensifie la terreur à l’encontre des Palestiniens. Centaines de morts, de villages détruits, centaines de milliers de familles contraintes à l’exode et l’exil, ce sont les années noires de la Nakba.

Celle-ci est suivie en 1967 par une autre catastrophe induite par la guerre de juin et la victoire israélienne contre les Arabes. L’occupation militaire de ce qui reste de la Palestine historique se met en place. Des milliers de Palestiniens viennent grossir les rangs des « réfugiés de 48 ».

 

C’est à Gaza en 1987 que le poids insupportable de l’occupation militaire fait jaillir la première intifada, révolte populaire massive violemment réprimée et qui aboutira aux accords d’Oslo de 93.

En 2007, c’est encore Gaza qui est frappée par un blocus quasi hermétique renforcé en 2013 par le pouvoir militaire égyptien. Durant ces 10 ans Israël mène 3 attaques militaires majeures contre la population assiégée.

 

2017 marque donc 100 ans de dépossession. Mais aussi de résistance.

Frappé de toutes parts, le peuple palestinien n’a pas plié tandis qu’au fil des décennies la solidarité s’organisait et se développait dans le monde. En France, la Plateforme Palestine, créée en 1993, en est un acteur majeur. Avec nos partenaires français, européens, palestiniens et israéliens anticolonialistes, nous allons affirmer cette solidarité tout au long de 2017. C’est une mobilisation qu’il faut absolument réussir. Tous les membres de la Plateforme sont appelés à participer activement à la campagne 2017 que nous avons décidée ensemble [note : programme]. Il s’agit d’informer l’opinion et les élus, de les mobiliser pour amener les décideurs à faire pression sur les autorités israéliennes. Une première mesure en France serait la reconnaissance de l’État de Palestine et des sanctions contre Israël tant qu’il viole le droit international.

 

100 ans après Lord Balfour, nous affirmons qu’une injustice centenaire est une insulte au droit international mais aussi à l’éthique et une tache sur l’honneur de celles et ceux qui laissent faire ou l’accompagnent.

 

Avec l’arrivée au pouvoir de Trump aux Etats-Unis, le retour dans le champ politique du Moyen-Orient de la Russie de Poutine et les incertitudes politiques en France, 2017 est l’année de tous les dangers. Elle doit être aussi celle de toutes les mobilisations pour le droit, pour la Palestine. La Plateforme Palestine entend y jouer pleinement son rôle.


Retrouvez sur le site de la Plateforme tous les outils de cette campagne 2017.

 

Vous y trouverez aussi de nombreux articles et documents historiques retraçant les événements essentiels et les principales étapes qui ont conduit à la situation actuelle du peuple palestinien  : www.plateforme-palestine.org/-Palestine-100-ans-de-depossession-la-campagne-2017-


Et n'oubliez pas, si êtes intéressé-e-s par les activités de l'Afps du Pays de Morlaix, n'hésitez surtout pas à nous rejoindre, le peuple palestinien a plus que jamais besoin que le mouvement de solidarité se renforce !

(Renseignements dans la rubrique adhérer à l'Afps en 2017)


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Quand Israël et la Grande-Bretagne célèbrent le traumatisme historique des Palestiniens


Samah Jabr est psychiatre et psychothérapeute à Jérusalem. elle s’active pour le bien-être de sa communauté, allant au-delà des problèmes de santé mentale. Elle écrit régulièrement sur la santé mentale en Palestine occupée. Nous avions invité Samah à Morlaix au mois de novembre 2015 pour un débat sur son travail auprès des enfants victimes des conséquences de l'occupation israélienne. 

 

Cet article a été publié le 24 février 2017 sur le site

Chronique de Palestine


Un berger palestinien du village palestinien d'Um Faqara, après qu'il ait été forcé par l'armée israélienne à quitter les terres près de l'établissement illégal d'Avigai situé dans les collines du sud d'Hébron, le 11 août 2012 - Photo: Anne Paq/Activestil
Un berger palestinien du village palestinien d'Um Faqara, après qu'il ait été forcé par l'armée israélienne à quitter les terres près de l'établissement illégal d'Avigai situé dans les collines du sud d'Hébron, le 11 août 2012 - Photo: Anne Paq/Activestil

Dct Samah Jabr – Après cent ans, la Grande-Bretagne semble en être au même stade moral que lorsque le secrétaire britannique aux Affaires étrangères, Arthur Balfour, écrivait à un dirigeant de la communauté juive britannique, le baron de Rothschild, lui promettant l’établissement d’un « foyer national » pour le peuple juif en Palestine.

 

Au lieu de revenir sur cette mesure injuste et de provoquer des transformations historiques, des développements sociaux, et de réparer le mal fait aux Palestiniens, le Premier ministre britannique invite le Premier ministre israélien à une célébration pour marquer le centième anniversaire de la Déclaration Balfour. Cette célébration est en train de déclencher le traumatisme historique qui a laissé des cicatrices importantes dans la mémoire collective palestinienne au cours d’un siècle de déplacements et d’une domination militaire qui a démuni les Palestiniens, politiquement et culturellement, et les a traités comme des êtres problématiques et inférieurs.

La Grande-Bretagne est également responsable d’avoir imposé une immigration juive massive en Palestine et de lui avoir permis de posséder des armes et des chars de combat, pendant qu’elle écrasait les Palestiniens qui aspiraient à leur indépendance après 30 années de mandat. La violence et la défaite qui ont été imposées au peuple palestinien, ont été facilitées et organisées par la Grande-Bretagne. Leurs effets n’ont pas seulement fait du mal aux personnes immédiates de cette génération, qui ont été tuées ou déplacées ou dont les biens ont été volés ; mais tous les membres de notre société, et les multiples générations qui ont suivi, ont pris sur leurs épaules le fardeau du traumatisme historique du vol de la terre palestinienne, un vol qui a transformé le passé et l’avenir des Palestiniens.

Aujourd’hui, avec un soutien financier et politique sans précédent des États-Unis, le silence ou la connivence des grandes puissances du monde avec l’occupation, et les louanges internationales pour ses criminels (les funérailles de Shimon Peres en sont un exemple), les Palestiniens se rendent compte que nous vivons dans un monde où l’intimidation l’emporte sur la raison, et l’hégémonie sur l’éthique. Israël impose son discours avec autorité et piétinent les corps, les sentiments et l’organisation sociale des Palestiniens avec ses armes.


Samah Jabr à Morlaix en novembre 2015
Samah Jabr à Morlaix en novembre 2015

Des lois racistes

L’an dernier, Israël a promulgué cinq lois racistes : la « Loi d’exclusion », qui stipule qu’un membre de la Knesset peut être exclus du parlement par un vote majoritaire de 90 législateurs, une loi destinée à la minorité arabe des membres de la Knesset ; une autre loi, sur « l’incitation », incrimine les opinions politiques et vise à confisquer le droit d’expression et de vote à la Knesset à ceux qui manifestent leur opposition à l’occupation ou qui s’opposent au caractère d’Israël comme État juif et démocratique ; la troisième est le « projet de loi sur les ONGs », qui prend pour cible les organisations des droits de l’homme et impose des obligations particulières en matière de rapports aux organisations non gouvernementales qui reçoivent la majeure partie de leur financement depuis des gouvernements étrangers ; la quatrième, et probablement la pire, est la « Loi de régulation », qui permettra finalement l’annexion de 60 % des terres de Cisjordanie au profit des colons israéliens ; et, tout récemment, la « loi du Muezzin », qui veut étouffer le caractère musulman de notre terre en interdisant au muezzin d’appeler à la prière (appel qualifié de « pollution ») dans les mosquées de Jérusalem et des villes arabes de 1948.

Alors qu’Israël crée un fait accompli et s’étend géographiquement et démographiquement aux dépens des Palestiniens, les dirigeants palestiniens émettent des condamnations creuses ; effectivement, la direction palestinienne coexiste avec les colonies en réalité, et elle ne les affronte que dans les médias. Quand les dirigeants palestiniens se plaignent des colonies mais qu’ils restent les gardiens de ces colonies et les bénéficiaires passifs de la domination coloniale de l’occupation, alors les amis supposés de la Palestine ne peuvent que penser, « vous méritez ce que vous obtenez ».

Accuser la victime

Une culpabilisation de la victime rend plus difficile pour celles et ceux qui subissent les mauvais traitements de protester et de rappeler leur traumatisme au monde. Le monde blâme les Palestiniens occupés pour leur mauvais sort et pour troubler la paix de l’occupation à chaque effort que nous faisons pour résister à Israël. Il conforte le récit de l’occupation selon lequel ce serait de la faute des Palestiniens si l’occupation a eu lieu, absolvant l’occupation de sa responsabilité ou de toute responsabilisation pour ses actions, et permettant à Israël de répéter et reproduire les atrocités qu’il a commises pour chasser les Palestiniens de leurs foyers et de leurs villes.

Mais, comme un violateur sournois qu’il est, Israël utilise des tactiques pour se garder une bonne image publique ; récemment, par exemple, il a annoncé qu’il acceptait que 100 orphelins syriens viennent résider en Palestine occupée, pendant qu’il refuse aux Palestiniens leur droit au retour et qu’il fait des centaines d’orphelins palestiniens. Et sur l’avant-poste d’ « Amona », Israël a diffusé des scènes dramatiques vers le monde, montrant Israël comme un État de droit qui expulse ses colons hors de la terre privée palestinienne, cela pour occulter la loi autorisant le vol des terres privées palestiniennes qu’il allait promulguer quelques jours plus tard.

Même les puissances arabes d’aujourd’hui reprochent aux Palestiniens occupés d’affronter l’occupation ; mais c’est une stratégie impuissante pour essayer d’éviter un sort potentiel comme celui des Palestiniens, cela donne le sentiment erroné que si ceux-ci s’alliaient aux bourreaux, alors l’occupation ne leur serait jamais arrivée ; sauf qu’il suffit de regarder l’Irak, la Libye, la Syrie, le Yémen, pour constater l’échec d’une telle stratégie. La propagande selon laquelle « les Palestiniens ont vendu la Palestine à Israël », qui gagne en popularité dans les médias égyptiens, est une preuve que l’on blâme l’attitude de la victime et que l’on se met du côté des bourreaux. En cataloguant et en accusant les Palestiniens, ces puissances essaient désespérément d’arriver à ce que les peuples arabes nous voient différents d’eux-mêmes.


"L’histoire ne sera pas écrite par la force seule, si irrésistibles qu’Israël et ses alliés semblent être..."


Le déni est un obstacle à la paix

Lorsque le traumatisme historique des Palestiniens est totalement étouffé, il devient impossible d’en discuter, de le pleurer et de l’exprimer symboliquement, empêchant ainsi d’en réparer les dommages, et augmentant la possibilité qu’il s’exprime par un passage à l’acte.

La célébration de Balfour constitue un déni du préjudice causé aux Palestiniens et revient à un refus de reconnaissance de l’existence du traumatisme et de la souffrance humaine, et d’en assumer la responsabilité morale. La Grande-Bretagne n’a aucune honte de son histoire impérialiste qui a inclus l’érosion des Palestiniens. Elle continue de se comporter d’une manière hégémonique, considérant les Israéliens comme culturellement et racialement supérieurs aux Palestiniens. Si l’existence même de l’occupation traumatique est déniée, alors la responsabilité, les remords et la solidarité se trouvent rejetés, une immunité totale pour les violations commises par Israël continue de lui être accordée, et la souffrance des Palestiniens peut difficilement être reconnue, et encore moins guérie.

L’occupation a toujours espéré briser la conscience collective palestinienne avec les massacres et les guerres et en perpétuant la douleur qui reste fraîche dans notre mémoire. Aujourd’hui, le général Yoav Galant, ministre du Logement et ancien commandant de la région Sud qui dirigeait la guerre en 2008, parle d’une « quatrième guerre au printemps prochain ». Sur la radio israélienne, le ministre de la Défense israélien, Avigdor Lieberman, a déclaré que si le gouvernement décidait de mener une nouvelle guerre, cette confrontation devra se terminer par une grande victoire israélienne et l’écrasement de la résistance palestinienne à Gaza, et pour toujours. Mais, en réalité, ce ne sont pas les préparatifs de la résistance qu’Israël devrait craindre le plus, mais plutôt la désensibilisation des citoyens et la baisse du niveau de leur peur, conséquences des frappes, des chocs et des pertes répétés qui ont affecté la plupart des gens là-bas.

C’est une reconnaissance et non le déni qui est capable d’humaniser toutes celles et ceux qui sont impliqués, en cultivant l’empathie, la confiance et en ouvrant la voie à la guérison de l’histoire, à la réconciliation et à la construction de la paix. Exhorter Israël afin qu’il mette un terme à sa politique coloniale, au lieu de célébrer le vol de la terre palestinienne, est un domaine important de l’intervention thérapeutique dans le traumatisme et du rétablissement de la paix.

L’histoire ne sera pas écrite par la force seule, si irrésistibles qu’Israël et ses alliés semblent être. Certains Palestiniens ne seront pas réduits au silence devant l’atroce occupation de la Palestine. Nous allons exprimer notre témoignage historique et raconter notre histoire pour donner un sens aux griefs insensés du colonialisme.

Le militantisme anti-oppression est notre remède contre le traumatisme politique, et il nous guérira en tant qu’individus, et il nous aidera à guérir de l’histoire ternie de notre patrie.


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L’inquiétant rapport confidentiel de l’Union européenne sur Jérusalem


13 février 2017 Par René Backmann

 

Mediapart publie le rapport confidentiel des consuls européens à Jérusalem et Ramallah. Selon ce texte, la situation sur place n’a jamais été aussi menaçante depuis 1967. Si la politique de colonisation et de discrimination menée par Israël se poursuit, les bases mêmes d’une solution pacifique seront détruites. Pourtant, l’Europe ne semble pas entendre les mises en garde de ses diplomates.


Une Palestinienne passe près d'un policier israélien, venu avec sa patrouille (visible à l'arrière-plan) procéder à l'expulsion d'une famille palestinienne de son logement dans le quartier arabe de la Vieille Ville de Jérusalem © Mehdi Chebil
Une Palestinienne passe près d'un policier israélien, venu avec sa patrouille (visible à l'arrière-plan) procéder à l'expulsion d'une famille palestinienne de son logement dans le quartier arabe de la Vieille Ville de Jérusalem © Mehdi Chebil

Pour respecter cet objectif – qui fait bon marché du droit international, tel qu’il doit être appliqué dans un territoire occupé – les planificateurs-occupants ont mis au point un arsenal orwellien qui n’épargne aucun domaine de la vie quotidienne des habitants de Jérusalem-Est. Rappelant, par exemple, que les Palestiniens de Jérusalem-Est disposent d’une carte d’identité spéciale qui leur permet de résider à Jérusalem-Est et de circuler en Israël, mais pas d’y voter lors des élections législatives, les auteurs du rapport constatent que ce statut est précaire et qu’il peut être révoqué par les autorités, si elles estiment que Jérusalem-Est n’est pas le « centre de vie » du résident.

Entre 1967 et 2015, 14 500 Palestiniens ont ainsi perdu leur droit de résidence. En outre, le statut de résident permanent, déjà difficile à préserver, ne s’applique pas automatiquement, en cas de mariage, aux conjoint(e)s des résident(e)s et ne se transmet pas automatiquement aux enfants. Et la procédure « d’unification de famille » nécessaire pour tenter de régler un telle situation est longue et coûteuse. Selon le ministère israélien de l’Intérieur, près de 8 000 Palestiniens vivaient ainsi en 2015 à Jérusalem, avec un simple permis de séjour temporaire. Autrement dit, ils étaient expulsables du jour au lendemain. Une bonne partie d’entre eux étaient des enfants dont l’un des parents possède une carte d’identité de résident à Jérusalem-Est et l’autre des papiers d’identité de Cisjordanie. Benjamin Netanyahou l’a admis publiquement en octobre 2015, rappellent les auteurs du rapport : la révocation du droit de résidence est l’une des mesures qui peuvent être prises à titre de punition ou de dissuasion, en cas d’escalade de la violence.

Le tramway, « détonateur des tensions »

Autre obstacle quotidien à la liberté de mouvement des Palestiniens : le mur ou la barrière de séparation construite par Israël en Cisjordanie, officiellement pour des raisons de sécurité, en réalité pour annexer de fait à Israël de larges sections du territoire palestinien, en particulier celles où se trouvent les principaux blocs de colonies. En matière de commerce et d’emplois, le préjudice causé à l’économie palestinienne est évalué par le rapport à 200 millions de dollars par an. « La barrière de séparation et le régime de permis qui lui est associé, écrivent les diplomates européens, continuent d’avoir un impact social, humanitaire et économique très négatif sur Jérusalem-Est et son arrière-pays palestinien. Elle déconnecte Jérusalem-Est du reste de la Cisjordanie et sépare physiquement des communautés palestiniennes au sein de Jérusalem-Est. Et, en même temps, elle incorpore des colonies israéliennes, situées au-delà de la Ligne verte de 1967 [limite de la Cisjordanie – ndlr] dans la ville. »

Selon le document européen, au moins 70 000 Palestiniens résidant à Jérusalem-Est qui vivent dans des zones rejetées en Cisjordanie par les méandres savants de la barrière ou du mur ont désormais besoin de franchir un check-point pour se rendre à leur travail ou avoir accès aux services – santé, éducation – auxquels leur donne droit leur statut de résidents et de contribuables de Jérusalem. Pour les Palestiniens qui n’ont pas de permis de résidence à Jérusalem-Est, c’est-à-dire ceux de Cisjordanie, la vie est en encore plus compliquée, relèvent les diplomates. Ils doivent disposer d’un permis, très difficile à obtenir car soumis à une multitude de conditions. Ils ne sont pas autorisés à entrer à Jérusalem en automobile et à y passer la nuit. Et ils ne peuvent entrer que par 4 des 16 check-points qui entourent la ville.

Alors que les 316 000 Palestiniens de Jérusalem-Est représentent environ 37 % de la population de la ville, la part du budget municipal affecté à leurs quartiers ne dépasse pas 10 %. Ce qui se traduit par un manque criant de classes dans les écoles, de services d’urgence médicale, de bureaux de poste, de véhicules et de personnels pour la collecte des ordures. En matière d’éducation, note le rapport, Jérusalem-Est manque de 2 672 classes. Plutôt que de mettre en chantier des classes nouvelles, la municipalité de Jérusalem s’est limitée, pour contenir le mécontentement, à louer 800 locaux, pour la plupart mal adaptés à l’enseignement.


Une décharge à ciel ouvert dans le quartier palestinien de Silwan, à Jérusalem-Est © Mehdi Chebil
Une décharge à ciel ouvert dans le quartier palestinien de Silwan, à Jérusalem-Est © Mehdi Chebil

Et la situation n’est pas près de s’arranger : la planification urbaine israélienne n’affecte pas plus de 2,6 % de la superficie de Jérusalem-Est à la construction d’édifices publics. À ce manque de locaux scolaires s’ajoute, comme pour les six hôpitaux de Jérusalem-Est, un sérieux problème de liberté de circulation du personnel. Entre 70 et 80 % du personnel des hôpitaux de Jérusalem-Est a besoin d’un permis – renouvelable tous les six mois – pour entrer en ville. Et le quota d’employés originaires de Cisjordanie, qui est variable, est notifié verbalement aux directeurs d’hôpitaux. Une centaine de médecins sont autorisés à entrer à Jérusalem en voiture, les infirmières et le reste du personnel doivent franchir les check-points à pied.

On imagine bien que, dans de telles conditions, l’économie de Jérusalem-Est, qui repose essentiellement sur un tissu de petites ou très petites entreprises, vit des temps difficiles, d’autant que « le secteur du tourisme palestinien ne reçoit qu’une part très modeste des revenus générés par le tourisme international »« En raison de son isolement et du système strict des permis israéliens, la ville a largement cessé d’être un centre économique et commercial, constatent les diplomates. Surtout, la contribution globale de Jérusalem-Est au PNB palestinien a décliné de 15 % avant les Accords d’Oslo à moins de 7 % aujourd’hui. » Le taux de chômage avoisine 35 % chez les jeunes et 19,9 % chez les femmes. Et le taux de pauvreté est passé entre 2006 et 2016 de 64 à 75 %.

Quant aux infrastructures de transport, « elles servent surtout, constate le rapport, à renforcer le contrôle israélien sur Jérusalem-Est »« Le tramway illustre la politique israélienne qui consiste à relier les colonies israéliennes de Jérusalem-Est avec le centre-ville à Jérusalem-Ouest, affirme le document. À l’exception de quelques stations, à Shu’afat et Beit Hanina, le tram ne dessert pas les quartiers palestiniens. La municipalité de Jérusalem prévoit de doubler pratiquement la longueur de la ligne de tram existante jusqu’à la colonie de Neve Yaakov, pour relier d’autres colonies (Neve Yaakov, Gilo, Ramot) à Jérusalem-Ouest. » D’autres infrastructures, notamment un téléphérique urbain et des routes en construction ou en projet dont la liste figure dans le rapport, illustrent l’intention israélienne de « consolider la liaison entre les principales colonies israéliennes et Jérusalem ».

Cette stratégie est désormais si claire que « les infrastructures qui contribuent à la politique de colonisation (ou au “schéma d’unification”) sont de plus en plus perçues par les Palestiniens comme des instrument de l’occupation, donc, de plus en plus souvent considérées comme des cibles légitimes, dont la valeur est équivalente à celle des colonies elles-mêmes. C’est pourquoi, en dépit d’une diminution des actes de violence depuis le milieu de l’année 2016, le tramway demeure un détonateur des tensions ». Tensions que les responsables palestiniens ont de plus en plus de mal à contrôler. D’autant que leur absence a été organisée par Israël. La fermeture par le gouvernement israélien des principales institutions palestiniennes de la ville – Orient House, siège de l’OLP, ou la Chambre de commerce –, comme le harcèlement dont sont victimes les institutions culturelles ou la répression qui se poursuit contre toute forme de vie politique palestinienne à Jérusalem-Est, ont « largement contribué à la fragmentation de la société palestinienne, à l’isolement des communautés locales palestiniennes et à l’affaiblissement de l’identité collective ».

Après avoir rappelé que pour l’UE « les colonies sont illégales au regard du droit international et constituent un obstacle à la solution à deux États et à la paix », et que 211 000 colons, sur les quelque 600 000 implantés dans les territoires occupés, vivent aujourd’hui à Jérusalem-Est, à côté de 316 000 Palestiniens, les auteurs du rapport passent en revue les différentes stratégies employées par Israël pour densifier la population juive de Jérusalem-Est. Et cela, tout en séparant les quartiers palestiniens les uns des autres par des colonies urbaines qui bloquent l’extension de l’habitat palestinien et en coupant la ville de la Cisjordanie par un chapelet de colonies périphériques qui interdisent tout développement des faubourgs palestiniens vers le nord, l’est et le sud. Aujourd’hui, constate le document, 2 500 colons vivent dans des « enclaves » au cœur des quartiers palestiniens de Jérusalem-Est.

Trois Israéliens et 26 palestiniens tués à Jérusalem en 2016

L’une des stratégies dont l’utilisation a manifestement beaucoup progressé en 2016, selon le rapport européen, est la « récupération » par des colons des constructions ou des terrains qui avaient appartenu à des juifs avant la création de l’État d'Israël en 1948. Cela a permis d’augmenter significativement le nombre d’enclaves coloniales israéliennes dans les quartiers palestiniens. « On notera, indiquent les auteurs du rapport, qu’il n’existe, en revanche, aucune loi permettant aux Palestiniens de récupérer les biens qu’ils possédaient avant 1948. »


Le quartier palestinien de Silwan, juste au pied des murailles de la Vieille Ville de Jérusalem, sur la gauche de cette photo, est l'un des plus convoités par les colons israéliens, qui y voient le site de la « cité de David » biblique © Mehdi Chebil
Le quartier palestinien de Silwan, juste au pied des murailles de la Vieille Ville de Jérusalem, sur la gauche de cette photo, est l'un des plus convoités par les colons israéliens, qui y voient le site de la « cité de David » biblique © Mehdi Chebil

Dans certains quartiers, tel Silwan, au pied des remparts de la Vieille ville et de l’Esplanade des Mosquées, où les organisations privées de colonisation comme El’ad ou Ataret Cohanim sont particulièrement actives, ces « récupérations » de propriétés ont donné lieu à un nombre croissant d’expulsions d’habitants palestiniens. Selon le rapport, près de 500 Israéliens vivent aujourd’hui sous haute protection militaire parmi les 10 000 Palestiniens du secteur de Silwan, où le nombre de colons a quadruplé en moins de deux ans.

Parmi les autres procédés utilisés par les planificateurs de la colonisation pour contenir, voire empêcher le développement des quartiers palestiniens tout en étendant la présence juive dans Jérusalem-Est, le rapport examine longuement la multiplication des parcs nationaux et des espaces archéologiques, qui servent, en outre, à établir un « récit historique national » destiné à exalter « la continuité de la présence juive dans le secteur, au détriment des autres religions et cultures ». L’avantage, pour les autorités israéliennes, est que dans de tels cas, l’autorité sur le terrain est transférée de la municipalité de Jérusalem à l’Autorité des parcs et des réserves naturelles, qui n’a aucune obligation à l’égard des habitants palestiniens et peut donc obtenir leur expropriation et leur expulsion sans indemnité.

« La planification urbaine de la municipalité de Jérusalem reste une source d’inquiétude pour l’UE, écrivent les consuls. Elle est utilisée pour empêcher le développement urbain palestinien en instaurant des restrictions et des interdictions aux activités de construction en ignorant les besoins qui découlent de l’accroissement naturel de la population, créant de fait de graves manques d’infrastructures de base et une pénurie de logements pour les résidents palestiniens. » Conséquence logique de ces choix : en cinq ans, 14 % seulement des permis de construire délivrés à Jérusalem ont été accordés à des Palestiniens.

Ce qui crée une situation dans laquelle nombre de Palestiniens construisent sans obtenir de permis de la municipalité, s’exposant ainsi au risque d’être expulsés. Aujourd’hui, relève le rapport, le nombre de constructions palestiniennes menacées de démolition par un ordre administratif, judiciaire ou militaire s’élève à 24 000, ce qui expose 144 000 Palestiniens au risque d’expulsion.

À cette accumulation d’inégalités, d’injustices, d’abus et d’humiliations, génératrice de frustration et de révolte, s’ajoute une série d’initiatives et de déclarations, à propos de la gestion des lieux saints juifs et musulmans, qui visent à modifier un statu quo vieux de deux siècles et ont favorisé l'accroissement des tensions sur le terrain. Sous la pression des religieux juifs extrémistes et des colons, qui exercent une influence croissante au sein de sa majorité parlementaire, Benjamin Netanyahou a fait preuve d’une « tolérance accrue » à l’égard de ceux qui entendent modifier le régime des accès aux lieux saints, au bénéfice des seuls fidèles juifs.

« Compte tenu de l’importance du Haram al-Sharif/Mont du Temple pour les juifs et les musulmans, écrivent les auteurs du rapport, toute menace ou perception de menace sur son intégrité ou sur le statu quo ne risque pas seulement de saper toute reprise du processus de paix, mais a le potentiel de déstabiliser la région et de provoquer des réactions sur la planète entière, tout en amplifiant la dimension religieuse du conflit. »

Cette politique israélienne, selon les auteurs du rapport, a fortement contribué au renforcement de la polarisation et au regain de violence. Entre le début de l’année et les premiers jours de décembre, notent les consuls, trois Israéliens et vingt-six palestiniens ont été tués à Jérusalem. En représailles, certains Palestiniens, auteurs d’attaques individuelles, ont apparemment été tués dans des situations où ils ne représentaient plus une menace. Parallèlement, les autorités israéliennes ont remis en vigueur la pratique punitive de démolition des maisons des Palestiniens accusés d’attentats. Approuvée par la Cour suprême, cette technique de dissuasion a provoqué la colère des Palestiniens, qui la jugent unilatérale : elle n’a pas été appliquée, en effet, aux trois Israéliens qui avaient tué un jeune Palestinien en juillet 2014.

Signe inquiétant de la stagnation de la situation sur le terrain, voire de sa dégradation au détriment des Palestiniens, les auteurs du rapport, qui n’ont relevé aucun progrès notable depuis l’année dernière, mais constaté, au contraire, une aggravation dans plusieurs domaines, reprennent purement et simplement, en annexe, leurs recommandations de l’année précédente. Ils rappellent notamment qu’il revient aux États membres de l’UE d’appliquer les mesures qui permettent de distinguer clairement les produits fabriqués en Israël et ceux en provenance des territoires occupés… On a déjà vu plus audacieux. Mais peut-on en attendre davantage de l’Union européenne ?


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Trump/Netanyahou de nouvelles complicités en perspective... (Vol 2)


 

Israël-Palestine : Trump se dit ouvert à renoncer à la solution à deux Etats, après une rencontre avec Nétanyahou

 

La solution à deux Etats, défendue par les Etats-Unis depuis des décennies, prévoit l'existence d'un Etat palestinien indépendant coexistant pacifiquement avec Israël.

 

France Info et l'AFP le 16 février 2017


Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (KEVIN LAMARQUE / REUTERS)
Le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou et le président américain Donald Trump à la Maison Blanche, le 15 février 2017. (KEVIN LAMARQUE / REUTERS)

"Je regarde deux Etats et un Etat, et si Israël et les Palestiniens sont contents, je suis content avec la solution qu'ils préfèrent. Les deux me conviennent", a déclaré Donald Trump à la presse, après son entretien avec le dirigeant israélien. "Les Etats-Unis favoriseront la paix et un véritable accord de paix", a-t-il poursuivi, appelant les Palestiniens à renoncer à la "haine"

 

Lire la suite : http://www.francetvinfo.fr/monde/usa/presidentielle/donald-trump/israel-palestine-trump-se-dit-ouvert-a-renoncer-a-la-solution-a-deux-etats-apres-une-rencontre-avec-netanyahou_2062335.html


 

Proche-Orient. Un œil sur la guerre, une dent contre la paix

PIERRE BARBANCEY
MERCREDI, 15 FÉVRIER, 2017
L'HUMANITÉ
25 septembre 2016, New York. Le candidat à la présidentielle Donald Trump rencontre Benyamin Netanyahou. GPO/Handout via Reuters REUTERS
25 septembre 2016, New York. Le candidat à la présidentielle Donald Trump rencontre Benyamin Netanyahou. GPO/Handout via Reuters REUTERS

Le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, est reçu aujourd’hui par le président Donald Trump à la Maison-Blanche. Il vient chercher un soutien à sa politique de colonisation.

Benyamin Netanyahou est reçu aujourd’hui par ­Donald Trump. Une rencontre qui, malgré les ­déclarations antérieures du nouveau président américain, ne sera peut-être pas aussi fructueuse qu’attendu par le premier ministre israélien. À l’aéroport de Tel-Aviv, peu avant son départ lundi, Netanyahou a affirmé que « l’alliance avec les États-Unis a toujours été extrêmement forte. Elle va le devenir encore plus. (…) Le président Trump et moi voyons d’un même œil les dangers émanant de la région, mais aussi les occasions » qui se présentent, a-t-il ajouté. Durant la campagne électorale américaine, l’homme fort d’Israël s’est évidemment délecté des déclarations et des tweets du nouveau locataire de la ­Maison-Blanche, qu’il s’agisse des Palestiniens ou de l’Iran. Plus encore, l’islamophobie affichée par le clan Trump n’a fait que réjouir Netanyahou, cons­­cient que cette idée même ne fait que renforcer sa politique. Les deux hommes ont des sentiments communs. Contre ­certains pays, notamment l’Iran, mais aussi l’Irak ou la Syrie. Mais pas contre l’Arabie saoudite, l’Égypte ou les Émirats arabes unis, exclus du « Travel Ban » édicté par Trump. Trois pays dont sont pourtant originaires 18 des 19 pirates de l’air impliqués dans les attentats du 11 septembre. Et Tel-Aviv s’entend très bien avec Le Caire, Riyad, Doha ou Abu Dhabi. Ce qui tend à montrer que en fin de compte, les priorités politiques dominent.

Washington remet en cause une solution à deux États

Netanyahou, dont la politique est de plus en plus critiquée, si ce n’est dans son pays, en tout cas au niveau international (l’étiquetage des produits en provenance des colonies par l’UE en est un exemple), en ce qu’elle remet en question une solution à deux États, vient à Washington chercher un blanc-seing et montrer en Israël qu’il est bel et bien reconnu comme le chef, lui qui s’engouffre toujours plus sur les chemins de l’extrême droite et des colons (souvent les mêmes) : colonisation à outrance, ­violence des colons contre les Palestiniens, armée au service des colons, légalisation de la dépossession des terres palestiniennes. Au niveau international : dénonciation de l’Iran, aide à une certaine rébellion syrienne islamiste. De quoi se retrouver sur la même longueur d’onde que la nouvelle administration américaine, jusqu’au rapprochement avec la Russie.

Pourtant, l’affaire ne sera pas si simple. Même si, il y a quelques jours, les États-Unis ont bloqué, à l’ONU, la nomination de l’ancien premier ministre palestinien Salam Fayyad comme émissaire des Nations unies en Libye, au prétexte que, « depuis trop longtemps, les Nations unies ont injustement favorisé l’Autorité palestinienne au détriment de nos alliés en Israël », selon les mots de l’ambassadrice américaine Nikki Haley. De quoi renforcer Naftali Bennett, ministre israélien et chef de file des colons, qui affirme que la solution à deux États est révolue avec Trump. Depuis le 20 janvier, Netanyahou a annoncé la construction de 5 000 nouveaux logements de colonisation en Cisjordanie, sans grande réaction outre-Atlantique.

Trump accepte les constructions dans les colonies existantes

Mais, vendredi, la Maison-Blanche est sortie de son mutisme. Dans un entretien accordé à Israel Hayom, Donald Trump dit qu’il ne veut pas de condamnation diplomatique d’Israël sous son mandat et présente Netanyahou comme un « homme bon » (sic). Il déclare ne pas penser que « le développement des colonies soit bon pour la paix », mais semble disposé à accepter les constructions dans les colonies existantes. Sa promesse de transférer l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem n’est plus aussi ferme, mais elle est suspendue sur la région comme une épée de Damoclès.

Obama (et Hillary Clinton) avait compris que la colonisation obérait la solution à deux États, la seule apte à préserver l’existence d’Israël et à amener la stabilité dans la région. Mais le manque de courage ­politique et la mise en place de sanctions n’ont pas permis à Washington de faire plier Israël. Trump va-t-il remettre en cause cette solution à deux États ? C’est que semblaient indiquer ses déclarations. Lui président, il peut difficilement poursuivre sur cette voie. D’où un certain rétropédalage observé ces derniers jours.


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Trump/Netanyahou de nouvelles complicités en perspective...

Deux articles d'actualité sur les collusions possibles et réelles entre la nouvelle administration US et le gouvernement colonialiste israélien


MOYEN-ORIENT REPORTAGE

Ces colonies israéliennes financées par la galaxie Trump

14 FÉVRIER 2017 PAR CHLOÉ DEMOULIN

 

Ces dernières années, la famille du gendre de Donald Trump, l'ambassadeur en Israël nommé par le président américain ainsi que le milliardaire lui-même ont versé des centaines de milliers de dollars aux colonies juives en Cisjordanie.


Depuis 2016, l'armée israélienne construit un mur entre Beit El et le camp de réfugiés palestiniens de Jelazone. © Anthony Lesme
Depuis 2016, l'armée israélienne construit un mur entre Beit El et le camp de réfugiés palestiniens de Jelazone. © Anthony Lesme

L'une de ces colonies israéliennes financées par la galaxie Trump, celle de Beit El, retient particulièrement l'attention de l'AFPS du Pays de Morlaix et de Brest. En effet, cette colonie érigée sur une colline au nord de Ramallah est également collée au camp de réfugiés palestiniens de Jelazone avec lequel nos deux groupes entretiennent des liens de solidarité particuliers. (Voir dans le sommaire du site).

 

(...) « La plupart des Arabes veulent vivre en paix avec nous. Nous n’avons aucun problème avec eux », assure la guide de Beit El, précisant que plusieurs d’entre eux travaillent dans la colonie. « Mais une minorité vient nous jeter des pierres ou des cocktails Molotov », déplore-t-elle face au mur de séparation que l’armée israélienne a commencé à bâtir, il y a un an, pour protéger les colons.(...)

 

Pour lire l'article en entier voir ci-dessous ou sur :

www.mediapart.fr/journal/international/140217/ces-colonies-israeliennes-financees-par-la-galaxie-trump?utm_source=article_offert&utm_medium=email&utm_campaign=TRANSAC&utm_content=&utm_term=&xts=&xtor=EPR-1013-%5Barticle_offert%5D&xtloc=&url=


Beit El, Alon Shvut (Cisjordanie), de notre envoyée spéciale. -  Perchée sur une colline au nord de Ramallah, en Cisjordanie, Beit El attise depuis plusieurs semaines l’intérêt de la presse internationale. En cause : les largesses financières dont a bénéficié la colonie israélienne de la part de plusieurs membres de la nouvelle administration Trump.

Selon des déclarations d’impôts que Mediapart s’est procurées, la fondation des parents de Jared Kushner, le gendre et nouveau conseiller spécial de Donald Trump, a versé au total 33 000 dollars en 2012 et 2013 à cette colonie israélienne considérée comme un des bastions du sionisme religieux. Jared Kushner siège lui-même au conseil d’administration de l’organisation. Les chèques ont été adressés à l’American Friends of Bet El Institutions, une association américaine présidée par un autre ami de Donald Trump : l’avocat d’affaires David Friedman. Ce dernier a été d’ailleurs nommé au poste d’ambassadeur des États-Unis en Israël par le président américain le 15 janvier 2017 !

À Beit El, on ne compte plus les projets financés par l’association de David Friedman, notamment la création d’un centre de préparation militaire ou encore le site Internet de la radio Arutz Sheva. Lancé en 1988, ce média israélien est connu pour être le porte-voix des colons israéliens. David Friedman y a lui-même régulièrement contribué ces dernières années en y publiant de nombreuses tribunes. Preuve que son implication est tout à fait assumée, l’avocat d’affaires a également fait inscrire son nom, ainsi que celui de son épouse et de ses parents sur l’un des bâtiments destiné à une école pour filles dans la colonie. Mais c’est sans doute la Yeshiva de Beit El qui a reçu le plus d’argent de sa part. Cette école talmudique est dirigée par le rabbin Zalman Melamed, une illustre figure de la droite israélienne aujourd’hui proche du parti pro-colonisation HaBayit HaYehudi (Le Foyer juif). Ce dernier a engrangé 60 % des voix à Beit El lors des élections de 2015, loin devant le Likoud de Benjamin Netanyahou (10 %).

Dernier élément et non des moindres, Donald Trump a lui-même puisé dans ses propres deniers pour financer Beit El. Comme le prouve un document dévoilé par le Jerusalem Post, la fondation Trump a signé un chèque de 10 000 dollars en 2003 en faveur de l’American Friends of Bet El Institutions, soit l’une des plus grosses sommes allouées par sa fondation cette année-là. Une contribution personnelle qui soulève de sérieuses inquiétudes quant aux futures prises de position du président américain dans la région.

Beit El (la maison de Dieu, en hébreu) revêt une importance cruciale pour les juifs pratiquants. Le nom de cette colonie israélienne est cité « 44 fois dans la Bible », souligne Yael Ben-Yashar, guide et porte-parole de Beit El. « C’est à cet endroit que Dieu a promis à Jacob que cette terre serait pour lui et ses descendants », raconte-t-elle début février aux abords des ruines qui ont été aménagées en lieu de pèlerinage sur les hauteurs de la colonie. L’attraction principale, les restes du rocher où se serait assoupi Jacob, attire chaque année « 3 000 touristes », estime la guide, en grande majorité des évangélistes américains, mais aussi sud-coréens ou indonésiens.

L’autre temps fort de la visite consiste à monter sur une tour d’observation installée à quelques mètres de là. Avant d’emprunter un escalier, le visiteur est invité à lire sur un panneau le passage de la Genèse dans lequel Dieu s’adresse à Jacob : « Ta postérité sera comme la poussière de la terre ; tu t’étendras à l’occident et à lorient, au septentrion et au midi. » « Le fait que Beit El existe et que les juifs y habitent aujourd’hui prouve que la promesse de Dieu s’est réalisée », juge Yael Ben-Yashar. « Il y a 500 000 juifs qui vivent ici en Judée-Samarie [Cisjordanie – ndlr]. Il faut que les gens comprennent que nous sommes ici pour rester et que nous n’avons aucune intention de partir ailleurs », ajoute-t-elle.

Contrairement à d’autres colonies israéliennes, organisées en blocs, Beit El s’érige au beau milieu de plusieurs villes arabes. La colline offre une vue imprenable sur les immeubles de Ramallah ou encore sur le village voisin de Beytin. La colonie est également collée au camp de réfugiés palestinien de Jelazone. « La plupart des Arabes veulent vivre en paix avec nous. Nous n’avons aucun problème avec eux », assure la guide de Beit El, précisant que plusieurs d’entre eux travaillent dans la colonie. « Mais une minorité vient nous jeter des pierres ou des cocktails Molotov », déplore-t-elle face au mur de séparation que l’armée israélienne a commencé à bâtir, il y a un an, pour protéger les colons.

Depuis l’investiture de Trump, le gouvernement israélien a donné son feu vert à des constructions

Dès sa création en 1977, Beit El est un des fers de lance du « Gush Emunim », un mouvement lancé au lendemain de la guerre des Six Jours en faveur de la colonisation des terres conquises par Israël en Cisjordanie. C’est dans cet esprit messianique et militant que Claire et Benjamin Dana-Picard, tous deux originaires de France, sont venus s’installer, voilà dix-sept ans de cela, dans la colonie israélienne. « C’était très important pour nous de venir habiter ici, dans une des nombreuses localités juives qui sont menacées d’être évacuées un jour », explique Claire, journaliste pour LPH Info, un site et un magazine d’information israélien en langue française. « Notre principe est simple : nous sommes sur des territoires qui ont été récupérés après la guerre des Six Jours. Nous sommes chez nous à Beit El, ici c’est chez nous », martèle-t-elle. « Ce que les Français appellent une implantation ou une colonie, lorsque ça se produit en France, on appelle ça une ville nouvelle », surenchérit son mari Benjamin, ingénieur conseil dans le transport et responsable du Likoud à Beit El.

Opposé à la création d’un État palestinien en Cisjordanie, le couple de sexagénaires conteste la notion selon laquelle les colonies seraient un obstacle à la paix. « Cette idée est assez récente en fait », rétorque Claire, affirmant que l’OLP, créé en 1964, était « décidé à détruire Israël » avant la guerre des Six Jours et « qu’Israël n’occupe les territoires ». « Le conflit n’est pas lié aux territoires », tranche-t-elle.

Selon un rapport rédigé par l’administration israélienne et dévoilé par Haaretz en 2009, Beit El est pourtant construit, en partie, sur des terres privées palestiniennes. Trois bâtiments jugés illégaux à la suite d'un recours déposé devant la Cour suprême israélienne ont d’ailleurs été rasés par l’armée en 2012. « Les gens avaient acheté le terrain à quelqu’un. Mais un autre Palestinien a déclaré qu’il était le propriétaire. Comme vous pouvez le voir, il n’a rien construit à la place, il n’a rien pu faire car c’est au beau milieu de Beit El », constate Yael Ben-Yashar. 

À la faveur de l’arrivée de Donald Trump à la Maison Blanche, la situation pourrait néanmoins évoluer. Depuis l’investiture du président républicain, le gouvernement israélien a donné son feu vert à plusieurs plans massifs de constructions en Cisjordanie, dont « 100 nouvelles unités » à Beit El. Selon l’ONG Peace Now, plusieurs d’entre elles seront financées par l’American Friends of Bet El Institutions de David Friedman et permettront la légalisation rétroactive de projets contrariés par le passé en raison de leur illégalité.

« Contrairement à ce qu’on a pu lire çà et là, il ne s’agit pas du tout de nouvelles constructions, mais de l’approbation de constructions que nous avions planifiées depuis longtemps et qui avaient été gelées par l’administration Obama », tempère le maire de Beit El, Shai Alon. « On n’a rien pu construire depuis dix ans », fulmine-t-il, soulignant que plusieurs habitants de la colonie vivent encore dans des caravanes. Quant à la proximité de David Friedman avec Donald Trump, l’édile est enthousiaste : « Je suis très heureux que quelqu’un comme David Friedman comprenne la signification de Beit El et l’importance de nos lieux saints. Non seulement il est juif mais il comprend ce que nous faisons ici. J’espère qu’il pourra transmettre notre message à Donald Trump. »

Les proches de l’avocat d’affaires installés à Beit El préfèrent, eux, rester prudents. Sollicités à plusieurs reprises par téléphone, l’un des fondateurs de la colonie, Yaacov Katz, et l’actuel directeur du développement de Beit El, Baruch Gordon, ont refusé de répondre aux questions de Mediapart. Les deux hommes invoquent chacun de leur côté l’impossibilité de s’exprimer avant le 20 février. Une mystérieuse date butoir qui correspond sans doute au moment où leur ami David Friedman prendra effectivement ses fonctions d’ambassadeur des États-Unis en Israël. Car la nomination du généreux donateur de Beit El, notamment contestée par la branche américaine de l’ONG Peace Now, doit encore être approuvée par le Sénat américain. Repoussée depuis plusieurs jours, son audition devrait finalement avoir lieu le jeudi 16 février, soit au lendemain de la rencontre très attendue entre Benjamin Netanyahou et Donald Trump à Washington.

Beit El n’est pas la seule colonie israélienne à avoir bénéficié de la générosité de l’entourage du nouveau locataire de la Maison Blanche ces dernières années. Selon ses déclarations d’impôts, la fondation Kushner a également versé 15 000 dollars à l’Etzion Foundation en 2012 et 2013. Cette association établie dans le Gush Etzion, un des plus importants blocs de colonies en Cisjordanie, finance notamment plusieurs institutions d’éducation religieuse, en tête desquelles la Yeshiva Har Etzion, considérée comme une des plus modérées de Cisjordanie. Située dans la colonie d’Alon Shvut, cette école talmudique a été fréquentée dans les années 1980 par un autre ami intime de Donald Trump : l’avocat d’affaires Jason Greenblatt. Ce dernier, également connu pour sa sympathie envers les colons, a été catapulté par le milliardaire « représentant spécial pour les négociations internationales ». Un poste auquel il doit encore être confirmé, au même titre que David Friedman, par le Sénat américain.

« Si vous aimez Israël et que vous souhaitez soutenir les juifs et la seule démocratie au Moyen-Orient, une des solutions est de faire votre Alyah et de venir habiter en Israël. Mais ceux qui ne veulent pas franchir le pas peuvent toujours contribuer financièrement à des projets permettant de renforcer l’État d’Israël et la présence des juifs dans le Gush Etzion », résume Shani Simkovitz, directrice de l’Etzion Foundation.

Cette native de New York aujourd’hui installée dans le Gush Etzion a accepté de recevoir Mediapart le mercredi 8 février dans son bureau à Alon Shvut. Mais elle refuse de commenter les donations effectuées par la famille Kushner ou la politique menée par le président américain, pour ne pas, justifie-t-elle, « mettre en danger » son association. « Ce qui est important, ce n’est pas de savoir qui sont nos donateurs, mais les projets que nous mettons en œuvre », insiste-t-elle, citant pêle-mêle des actions en faveur des plus pauvres, des malades du cancer ou encore un mémorial récemment dédié aux trois adolescents israéliens kidnappés et tués en 2014 dans le Gush Etzion.

En tête des institutions les plus gâtées par Kushner figurent les amis de l’armée israélienne

Comme à Beit El, les habitants du « Gush » sont motivés par des références bibliques mais surtout par une présence juive antérieure à la création de l’État d’Israël. Pour le prouver, Shani Simkovitz dégaine plusieurs cartes, dont une représentant « les terres achetées en 1928 par le Fonds national juif » ou une autre, datant de l’époque jordanienne, montrant, selon elle, que « les Arabes n’ont pas habités entre 1928 et 1967 sur les terres possédées par les juifs ». L’histoire du Gush Etzion est également marquée par le massacre de 127 personnes dans le kibboutz de Kfar Etzion par les troupes arabes le 13 mai 1948, un jour seulement avant la proclamation de l’État d’Israël. En 2013, l’Etzion Foundation a financé la réalisation d’un film retraçant cet épisode traumatique.

Toujours selon ses déclarations d’impôts, la fondation Kushner a en outre versé 500 dollars en 2013 à la Yeshiva Od Yosef Chai. Une contribution certes modeste mais néanmoins troublante en raison du radicalisme de l’institution en question. Cette école talmudique est située à Yitzhar, une colonie israélienne proche de Naplouse, considérée comme l’une des plus violentes de Cisjordanie. La yeshiva est notamment soupçonnée d’avoir été la base de lancement de plusieurs attaques contre les Palestiniens et l’armée israélienne. Une réputation qui lui a valu d’être privée de financement public par le gouvernement israélien en 2011, soit deux ans avant que la famille Kushner ne se décide, elle, à lui signer un chèque. 

En tête des institutions les plus gâtées par la fondation Kushner figure par ailleurs l’association des amis de l’armée israélienne. Selon un calcul effectué par le journal Haaretz, cette institution a touché au moins 315 000 dollars de la part de la famille du gendre de Donald Trump entre 2011 et 2013. Un investissement considérable doublé d’une implication personnelle : Jared Kushner est lui-même membre du conseil d’administration de l’association des amis de l’armée israélienne. C’est en tout cas ce qu’affirmait le site internet de l’association avant que le nom du nouveau conseiller spécial de la Maison Blanche n’en soit effacé il y a quelques jours. En jeu, un possible conflit d’intérêts. La proximité de Jared Kushner avec l’armée israélienne jette en effet un lourd discrédit sur sa capacité à assurer la mission que lui a officiellement confiée Donald Trump, à savoir la gestion du dossier israélo-palestinien.

Mais pour les principaux intéressés, les largesses financières de l’entourage de Donald Trump n’apportent pas la certitude absolue que le président américain restera un allié fidèle. À Beit El, le maire avoue avoir été refroidi par les dernières déclarations de la Maison Blanche. Dans un communiqué publié au début du mois de février, l’administration Trump a rappelé qu’elle ne considérait pas la colonisation comme « un obstacle à la paix », mais a aussi affirmé que « la construction de nouvelles colonies ou l’expansion des colonies existantes au-delà de leurs frontières existantes pourraient ne pas aider ». Un sérieux coup de canif dans les espoirs de la droite israélienne, qui voyaient déjà en Donald Trump l’homme capable de faire sauter les digues maintenues pendant huit ans par l’administration Obama. « C’est la preuve que rien n’est sûr et que tout n’a pas changé du jour au lendemain », souffle Shai Alon.

De là à croire que le président américain a « lâché » Benjamin Netanyahou ? Rien n’est moins sûr. De fait, la Maison Blanche est restée inhabituellement silencieuse ces derniers jours face aux rafales de nouvelles constructions annoncées par le premier ministre israélien ; et elle n'a pas davantage réagi le 6 février à l'adoption par la Knesset d'une loi visant à légaliser une cinquantaine d’avant-postes illégaux construits en Cisjordanie. Le texte, qui permet l’expropriation de terres privées palestiniennes, a été condamné par l’ONU et fait déjà l’objet de plusieurs recours devant la Cour suprême israélienne.

Aux yeux de Shani Simkovitz, cette loi « devait arriver »« Nous ne pouvions pas continuer avec cet éternel conflit et tous ces meurtres. La prochaine étape est de voir comment nous allons pouvoir vivre avec nos voisins arabes », estime-t-elle. « Si Trump met en œuvre ne serait-ce qu’une partie de la politique qu’il a promise, cela se passera mieux pour nous », veut croire, lui, Benjamin Dana-Picard. Dans la région, un silence vaut parfois mieux qu’une longue déclaration.


Et sur Liberation.fr 

 

POIGNÉE DE MAIN

Trump-Nétanyahou,

rencontre test à la Maison Blanche

Par Nissim Behar, à Tel-Aviv — 13 février 2017

Le Premier ministre israélien rencontrera mercredi le président américain. Après huit ans de tensions avec l'administration Obama, cette rencontre, importante pour Israël, devrait tourner autour du nucléaire iranien.

 

http://www.liberation.fr/planete/2017/02/13/trump-netanyahou-rencontre-test-a-la-maison-blanche_1548189

 

Benyamin Nétanyahou s’est envolé ce lundi à destination des Etats-Unis, pour y rencontrer Donald Trump et le gratin de son administration. En temps normal, l’événement aurait recueilli de nombreux échos en Israël. Pas cette fois. Car même si le nouveau président passe pour un «grand ami» d’Israël et des colons, les dirigeants de l’Etat hébreu ne savent pas vraiment comment s’y prendre avec lui. Voilà pourquoi Nétanyahou a demandé à ses ministres de s’abstenir de toute déclaration relative à la politique américaine en général et à la Maison Blanche en particulier.

Après huit années de tensions avec l’administration Obama, le Premier ministre israélien espère beaucoup de sa visite à Washington. Et surtout de voir les relations israélo-américaines revenir au «beau fixe». C’est-à-dire à la période durant laquelle la collaboration en matière de renseignements des deux pays battait son plein et que les Etats-Unis opposaient automatiquement leur véto aux résolutions du Conseil de sécurité condamnant l’Etat hébreu.

Puisqu’il joue gros, le leader du Likoud utilise tous ses atouts. Y compris le milliardaire ultra-conservateur américain Sheldon Adelson, qui a rencontré Trump il y a quelques jours. Gros contributeur à la campagne électorale du président américain, ce magnat des casinos a en effet son oreille. Et Nétanyahou est son protégé. Au point de contribuer à certaines dépenses électorales du Likoud et de tenir à bout de bras le quotidien gratuit israélien Israël hayom (Israël aujourd’hui), un journal pro-Nétanyahou que ses ennemis surnomment «la voix de son maître».

«Maintenant ou jamais»

Sauf imprévu, la première rencontre officielle entre Nétanyahou et Trump se déroulera mercredi dans le Bureau ovale de la Maison Blanche. En attendant, les faucons du gouvernement israélien et la base du Likoud exercent d’énormes pressions sur leur Premier ministre afin qu’il profite de l’impact médiatique de l’événement pour proclamer la mort des accords de paix d’Oslo (septembre 1993) ainsi que de la solution prévoyant deux Etats pour deux peuples vivant pacifiquement côte à côte.

Les mêmes espèrent aussi que le chef de leur gouvernement plaidera en faveur du développement de la colonisation des territoires palestiniens occupés ainsi que de l’annexion d’une partie d’entre eux par l’Etat hébreu. C’est d’ailleurs pour cela que des élus et des cadres du Likoud se sont réunis lundi, au moment où Nétanyahou partait pour les Etats-Unis.

«Nous souhaitons bonne chance à notre Premier ministre et lui rappelons qu’il faut profiter de la fenêtre d’opportunité extraordinaire qui s’offre à nous pour enraciner la présence juive en Judée-Samarie [la Cisjordanie occupée, ndlr]. Car c’est maintenant ou jamais», a plaidé Yossi Dagan, un jeune loup du Likoud fort actif dans le peuplement de petites colonies de Cisjordanie avec des immigrants français.

«Ne pas braquer Trump»

Tout porte cependant à croire que Nétanyahou ne suivra pas ces ultras. «Il sait que malgré son soutien proclamé à notre pays, l’administration Trump ne tolérerait pas une reprise généralisée des constructions en Judée-Samarie. Encore moins la création de nouvelles colonies», estime l’ex-ministre Roni Milo, un modéré du Likoud. «Connaissant bien le Premier ministre, je suis persuadé qu’il fera preuve de la plus grande prudence quitte à déplaire aux faucons, qu’il va finasser, et qu’il veillera à ne pas braquer Trump. Il va, au contraire, proclamer qu’il veut la paix et accuser l’Autorité palestinienne de refuser sa main tendue.»

Selon l’entourage du Premier ministre, les dossiers de la colonisation, de la reprise éventuelle du processus de paix avec les Palestiniens, ainsi que du transfert de l’ambassade américaine de Tel-Aviv vers Jérusalem (une promesse électorale de Trump) ne figureraient pas en première place sur la liste des sujets de discussion entre le président américain et son hôte.

Focaliser leur attention sur l’Iran

A les en croire, l’Israélien et l’Américain veulent d’abord et avant tout focaliser leur attention sur l’Iran. Car Nétanyahou n’a toujours pas digéré la «traîtrise» que constitue à ses yeux l’accord sur le nucléaire iranien conclu en juillet à l’initiative des grandes puissances (Etats-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne, France, Allemagne). Quant à Trump, il a souvent menacé de déchirer ce document.

Lors de leur première conversation téléphonique en janvier, les deux hommes s’étaient déjà longuement entretenus du nucléaire iranien. Nétanyahou avait alors affirmé qu’ils étaient sur la même ligne et qu’Israël était favorable à de nouvelles sanctions économiques visant Téhéran.

 

Peu avant la prestation de serment de Trump, le directeur général du Mossad Yossi Cohen et une série de hauts responsables de l’establishment sécuritaire israélien se sont, eux, discrètement déplacés à Washington, pour prendre langue avec les conseillers du nouveau président ainsi que les patrons pressentis des services de renseignements US. Ils ont bien sûr discuté de l’évolution de la situation en Syrie et des Palestiniens, mais surtout du nucléaire iranien, puisque Israël continue à le percevoir comme un danger existentiel.


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Entretien avec le dirigeant de l'OLP, Saeb Erekat


Face à Netanyahu et à Donald Trump, l'OLP menace et s'essaie à la résilience

 

« Personne n’a autant profité des négociations

de paix que les Palestiniens »

Saeb Erekat, Secrétaire général du comité exécutif de l’OLP

(mardi 7 février 2017 à l’Académie diplomatique internationale)

 

Jean-Christophe Ploquin, La Croixlundi 13 février


Comment exprimer sa colère, après tant d’avanies ? Comment esquisser une riposte qui paraisse crédible ? Comment se faire entendre, à l’ombre des puissants…..

Saeb Erekat n’ignore rien de ces questions. Cet ancien négociateur palestinien est l’un des meilleurs connaisseurs des arcanes diplomatiques où se joue, en partie, le sort de son pays. A partir de 1995 et pendant près de quinze ans, il a été de toutes les discussions sur l’autonomie partielle de certains territoires palestiniens. Proche du leader historique palestinien Yasser Arafat, il a joué un rôle clé dans les négociations de Camp David (2000) et de Taba (2001) qui, sous la houlette du président américain Bill Clinton, se sont approchées le plus d’un accord de paix global entre Israël et l’OLP.

Secrétaire général du comité exécutif de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), cet élu de Jéricho, ville vieille de 9000 ans, conserve une position clé dans le système politique palestinien. Il était à Paris mardi 7 février dans la délégation accompagnant le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, qui a rendu visite à François Hollande. La veille, le parlement israélien – la Knesset – avait adopté une loi permettant de déclarer israélienne des terrains privés palestiniens de Cisjordanie. Un vote qui provoqua un tollé dans le monde entier car il ouvre la possibilité d’une annexion par morceaux de la Cisjordanie. Le président Donald Trump, en revanche, n’a pas réagi, lui qui recevra le premier ministre israélien Benjamin Netanyahou le 15 février.

Devant une cinquantaine de personnes – diplomates, chercheurs, journalistes – réunis à l’Académie diplomatique internationale, Saeb Erekat a protesté contre cette « soi-disant loi » – qui pourrait être invalidée par la Cour suprême israélienne. Et il a défendu coûte que coûte la piste d’une solution du conflit fondée sur le scénario de deux États vivant côte à côte dans la paix et la sécurité – scénario pourtant rendu de plus en plus difficile par la colonisation.

 

Le nombre de colons en hausse

Selon des chiffres rendus publics jeudi 9 février par Yesha, la principale organisation des colons, plus de 421 000 colons israéliens vivaient fin 2016 en Cisjordanie, un chiffre en hausse de 3,9% par rapport à l’année précédente. Et selon le Jerusalem Institute for Israel Studies, plus de 203 000 autres vivaient dans des quartiers de colonisation à Jérusalem-Est, en 2014.

 

« Je ne regrette aucune de toutes ces minutes

passées à négocier »

« Pour reprendre les négociations entre Palestiniens et Israéliens, il n’est pas besoin de réinventer la roue », commence Saeb Erekat. « Nous les Palestiniens, nous l’OLP, nous avons reconnu le droit d’Israël à exister, en paix et en sécurité, sur 75% du territoire de la Palestine mandataire britannique. A partir des accords d’Oslo en 1993, nous avons négocié de bonne foi avec les Israéliens. Je ne regrette aucune minute de tout ce temps passé. Personne n’a autant profité des négociations de paix que les Palestiniens. Et personne n’aurait autant à perdre d’une abrogation des accords conclus que les Palestiniens ».

 

Pour lire la suite : http://www.france-palestine.org/Face-a-Netanyahou-et-a-Donald-Trump-l-OLP-menace-et-s-essaie-a-la-resilience

 


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"3000 Nuits" à La Salamandre : A voir et à revoir !


Belle soirée hier soir à Morlaix, avec une salle comble et un public évidemment conquis par le film "3000 Nuits" et la présence de Maisa Abd Elhadi. Un débat, difficile à mettre en place immédiatement après le visionnage d'un film aussi fort mais qui a permis de revenir sur la question des prisonnier-e-s palestinien-n-es et la politique coloniale de l'Etat israélien. 
Maisa, quant à elle, représente parfaitement bien les aspirations culturelles des nouvelles générations. Son engagement pour le film de Mai Masri est total et son regard sur la résistance des femmes en Palestine témoigne que l'avenir leur appartient.

 

En lien l'article du Télégramme et la vidéo de l'interview de Maisa

http://www.letelegramme.fr/finistere/morlaix/la-salamandre-le-cinema-palestinien-a-l-honneur-a-morlaix-02-02-2017-11385922.php?share_auth=e58efac67d90496cc3f163756e8f56e9#eumpRg44bomdwFxl.01



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Netanyahou souffle de nouveau sur les braises de la colonisation !


Israël : nouvelle vague de colonisation, la 4e en moins de 2 semaines

La construction de 3 000 nouveaux logements en Cisjordanie a été annoncée. Depuis l’investiture de Donald Trump, le gouvernement israélien les multiplie.

Le Point avec AFPmercredi 1er février 2017

Israël a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi la construction de 3 000 logements de colonisation en Cisjordanie occupée, quatrième annonce du genre en moins de deux semaines depuis l’investiture du président américain Donald Trump. Cette décision prolonge la dynamique impulsée par la nouvelle donne américaine. Elle ressemble par ailleurs à un gage de plus donné aux partisans de la colonisation, à un moment où les autorités israéliennes ne paraissent plus avoir d’autre choix que d’appliquer un arrêt de la justice israélienne et de démolir une colonie au cœur d’un psychodrame collectif israélien, Amona.

 

Lire la suite surhttp://www.france-palestine.org/Israel-nouvelle-vague-de-colonisation-la-4e-en-moins-de-2-semaines


Souffler le froid et le chaud, c'est l'art et la manière d'attiser la haine. C'est la grande spécialité de son gouvernement ...


La police israélienne a engagé mercredi matin l'opération d'évacuation d'une colonie emblématique de Cisjordanie occupée. @ Jack GUEZ / AFP
La police israélienne a engagé mercredi matin l'opération d'évacuation d'une colonie emblématique de Cisjordanie occupée. @ Jack GUEZ / AFP

La police israélienne commence l'évacuation d'une colonie emblématique en Cisjordanie 


On peut imaginer une réponse de la Palestine à l'évacuation d'une colonie emblématique de Cisjordanie occupée par la police israélienne mercredi matin. 

Israël a entamé mercredi l'évacuation d'une colonie emblématique de Cisjordanie mais a annoncé en compensation la construction de logements supplémentaires dans ce territoire palestinien occupé, quatrième décision du genre depuis l'investiture de Donald Trump.

Des milliers de logements vont être construits. Depuis le 20 janvier et la prestation de serment du nouveau président américain, Israël a annoncé la construction de plus de 6.000 logements en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, annexée et occupée. Les 3.000 logements supplémentaires annoncés dans la nuit de mardi à mercredi ressemblent à un gage de plus donné aux partisans de la colonisation, à un moment où des centaines de policiers engageaient l'évacuation de la colonie d'Amona, au cœur d'un psychodrame collectif israélien.

Les colonies toutes illégales. Les policiers sont montés en file indienne, à pied et apparemment sans armes, sur la colline où se trouve Amona, près de Ramallah, afin d'en évacuer les 200 à 300 résidents. Enjeu d'une bataille politique et légale de plusieurs années, Amona est vouée à la démolition sur décision de la Cour suprême israélienne, qui l'a jugée illégale au regard du droit israélien parce que construite sur des terres privées palestiniennes. La communauté internationale ne fait pas de distinction entre les colonies et les considère toutes comme illégales. La Cour suprême a donné aux autorités jusqu'au 8 février pour vider Amona. Mardi, les autorités ont donné aux colons 48 heures pour s'exécuter.

Les 200 à 300 habitants, qui ont presque toujours vécu là, ont jusqu'alors refusé de partir de leur plein gré. Selon eux, toute la Cisjordanie, territoire palestinien occupé par Israël depuis 1967, appartient à la terre biblique d'Israël et ils sont trahis par leur propre gouvernement.


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